Giordano brunoGiordano Bruno, un têtu exagéré, affirma l’état d’immobilité analogue à celui du mouvement. Il en perdit son latin en 1600, à Rome; la ville éternelle sauf pour les hérétiques. Mais la Geste fut belle et le geste fermement établi. [Photographie : https://www.franceculture.fr/ emissions/la-methode-scientifique/giordano-bruno-la-terre-le-soleil-et-linfini]

 

L’acte un fut celui de Ptolémée; et s'imposa un fait d'évidence. L’Almageste rédigée au IIe siècle nous conte une astronomie à la dynamique géocentrique. Cette cinématique régna en maître durant quatorze siècles sur le monde de la physique et forgea durablement la pensée de l’Occident chrétien.

 

PtoléméeLe système de Ptolémée fige la planète Terre au centre de l’univers connu. [Montage : http://www.astrosurf.com/ toussaint/ dossiers/ptolemee/ptolemee.ht] 

Les saintes Ecritures (j)ointes à la tradition conféraient à la planète Terre un destin immobile et central confirmant dès lors l'observation du quotidien. 

« Tu as fixé la terre ferme et immobile- psaume 93 ».

Dès lors et dès l'aurore au Soleil le lourd et épuisant rôle de se lever tous les matins et de se coucher tous les soirs.

Les anciens comme les modernes associent à la géométrie, aux formes et aux trajectoires (la distance parcourue) une affectivité haute en couleur. Aussi des formes supplantèrent d’autres formes, moins en forme. Puis les sphères, cercles ou polygones parfaits et autres solides vénérables devinrent vulnérables et cédèrent le pas à des géométries aux symétries kachers, plus cachées.


buste parménideLe « Un » parménidien proposait un monde unitaire et indivisible. Parménide fut le premier en Occident à affirmer une planète de forme sphérique dans un univers aux zones concentriques imbriquées. De même pensait-il le mouvement comme une illusion.

. Voici la porte des chemins du jour et de la nuit, avec son linteau, son seuil de pierre, et fermés sur l’éther ses larges battants... II n’est plus qu’une voie pour le discours, c’est que l’être soit. Il n’a pas été et ne sera pas; il est maintenant tout entier, un, continu.

... Ecoute le décevant arrangement de mes vers... on a constitué pour la connaissance deux formes sous deux noms; c’est une de trop, et c’est en cela que consiste l’erreur. On a séparé et opposé les corps, posé les limites qui les bornent réciproquement… [Traduction du poème de Parménide par Paul Tannery- Site Internet]. 

 

luneEn opposition au « un » Parménidien fut proposé le « deux » des Atomistes qui distinguèrent les atomes insécables du vide indifférent.

Puis le mouvement dans sa définition évolua du changement d’une « substance » vers le déplacement spatial d’un objet de matière cependant que la quinte essence d’Aristote, l’éther augmenté des quatre éléments fondamentaux préservait la dualité des atomistes.

Archimède affirma le nécessaire point d’Appui, le référentiel premier, la source primitive; « Donnez-moi un point d'Appui et je soulèverais le monde ». Dès lors la quête du Graal, la recherche de la stabilité fondamentale anima tous les cœurs fidèles et se fit nécessité.

_ Papa ! S’il est obligatoire de construire sa maison sur des fondations, sur quelle base reposent ces fondations De la nécessité d'un repère physique universel émergea le point fixe stable faisant office de référence. Cette référence obligatoire fonda une physique au fonctionnement relativiste.

Aussi pour les Anciens la nécessité d'user d’une référence stable renforça la conviction d’une Terre immobile et centrale. S'imposa alors l'évidence du quotidien comme réponse à la supplique d'Archimède.

 

Marre des Cieux

Marre des Dieux

Marre de l’Etre

Marre du Sera

 

Marre du Un

Marre du Deux

Marre du Trois

 

Marre du trop d’amours

Marre du trop de vautours

Marre du trop de mous

Marre du trop de boues

 

Oui à la pluie

Oui à la suie

Oui à la nuit

Oui au jour

 

Oui au minéral

Oui au végétal

Oui au biologique

Oui à l’animal

 

Oui à l’humain

Oui aux martiens

 

Oui aux lilliputiens

Oui aux gullivériens

 

Respects, tous frères

Si variés, si multiples

Si communs, si unique

Si un

Marre des uns !

 

L’acte deux fut celui de Copernic; il le fit sans hic ni déclic et avec chic. A l’encontre de l’Almageste se mobilisa la pensée d’un seul. Copernic, un têtu exagéré, brisa par son audace la somnolence calcinée et flétri du moment. Il affirma un déni d’évidence relevant de la folie. « Imaginez l’audace qu’il a fallu à Copernic pour mener à bien son projet : rien de moins que remplacer l’Almageste de Ptolémée, qui régnait depuis quatorze siècles sur l’astronomie et les mathématiques ». [Michel-Pierre LERNER et Denis SAVOIE. Astrophysiciens].

De revolutionnibus

 Extrait. Le De Revolutionibus, un peu nimbus et omnibus.

Copernic inversa la dynamique du système. Avec l’aide de son assistant Rhéticus le savant proposa un système planétaire à la dynamique héliocentrique. Cependant la révolution Copernicienne s’effaça un temps dans un aimable oubli neutralisant. Ce ne fut qu’à la publication par Galilée Galileo de son Sidereus Nuncius en 1614 que l’Eglise interdisit l’ouvrage de Copernic en 1616. Aussi à trop charger la mule du pape... une têtue exagérée...

« … L’ouvrage de Galilée, un livre écrit en langue vulgaire -Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde- mis le feu aux poudres et fut à l’origine du fameux procès ». Le petit ROBERT des noms propres.

 

montage II

Représentation du système Copernicien à la dynamique inverse de celle de Ptolémée.

 

Une conséquence cruciale ! La Terre perdait dans cette dynamique son statut de pivot et de point d’Appui. Cette perte déclassait la créature créée à l’image de dieu. Aussi en marginalisant l’humain l’on marginalisait également la divinité.

_ Papa ! Qui décide de ce qui bouge ou est immobile ? Fils, Galilée en son temps répondit à la question cruciale.

 

L’acte trois fut celui de Galilée dont la clé ouvrit pleinement les portes du ciel ! Mais la serrure grinça du pêne, pour la peine. « Imaginons la stupéfaction et le ravissement du savant fébrile et teigneux; un têtu exagéré, cadrant dans sa lunette astronomique pour la toute première fois l’image de la planète Jupiter grossie 10 fois ! La Géante gazeuse, la plus massive et la plus imposante planète du système solaire, soit 148 fois la masse de la Terre !..  là ! à portée d’observation… il suffisait de tendre l’œil et la mollette… et la main… et… et le voile se déchira ».

 

L'observation de Galilée.

« Un geste, un réglage sulfureux et l’imposante voisine fut si proche !.. si nette ! si orgueilleuse ! si neuve ! si… trop ! Aussi suffisait-il de regarder ».

Jupiter

En cette nuit unique du 9 Janvier 1610, de son observatoire astronomique de Padoue, le savant italien exilé, isolé dans son pays et seul dans son silence cerna une réalité jamais perçue par un humain.

« La planète fixée en cette nuit tourne rapidement sur elle-même et s’écrase légèrement sur ses deux pôles tant sa vitesse est grande; une cive en formation. Sa surface est animée de tempêtes vertigineuses.Celles-ci peuvent durer plusieurs centaines d’années sans mollir du tourbillon. Pour le goupillon, ce sera une toute autre histoire »…

Galilée pensa que le maître du système n’est peut-être pas celui qui brille le plus._ A chacun son rôle, papa ! Moi, je ne brille pas beaucoup mais je maitrise quand même.

« … la stupéfaction du savant hâlal croissante et fut à la démesure de la cinématique offerte par la lunette aux lentilles bien trop polies. Et le spectacle à l’éclat de diamant vert, ouvert à cet homme seul, entièrement tendu vers la voute étoilée et dévoilée fut céleste et énorme ».

 

La relativité Galiléenne.

Galilée repris l’idée de Giordano Bruno et affirma l’état d’immobilité identique à celui du mouvement régulier. En réponse à la supplique d'Archimède il fut proposé par le savant les mouvements uniformes déclinant des trajectoires rectilignes comme point d'appui. Ces mouvements invariants s'identifient étrangement à l'immobilité, aussi Galilée en fit-il sa référence universelle; une référence aux multiples facettes énigmatiques.

 

Une expérience de pensée. Dans le cerveau de Galilée.

Galilée se trouva inopportunément enfermé dans la cabine d'un navire immobile à contre d’un quai vénitien. Aussi s’endormit-il isolée de l’extérieur et en proie au calme et au silence absolu.

Lors de son réveil il s’interrogea sur son environnement immédiat et ne perçu aucun mouvement; rien qui puisse se déceler, rien qui puisse l’orienter. Etait-il encore à quai ou naviguait-il régulièrement en un mouvement constant, rectiligne et uniforme ?

Galilée eu beau chausser ses lunettes de sept vues et ses bottes de sept lieux, il se heurta à une impossibilité de perception irréductible. Il se révéla définitivement aveugle au mouvement régulier et rectiligne du navire; ici deux nuances de mouvements indiscernables.

La morale de l’histoire ? « Le mouvement régulier pour tout observateur est comme rien ». Galileo Galilée. 1634.

 

le regard GaliléeIci s'impose une « indiscernabilité » définitive formant assise aux référentiels inertiels galiléens. Ceux-ci seront dès lors systématiquement déclarés immobiles.

« Nous sommes incapables de déterminer si nous sommes immobiles ou si nous nous déplaçons à une vitesse constante, uniforme selon une trajectoire rectiligne ».

La thèse de Galilée signa l’acte de naissance d’une cinématique originale au regard d’aigle acéré cependant légèrement myope. Alors Tous !.. utilisèrent en préalable aux analyses et mesures le référentiel inertiel galiléen « immobile » et rigide, c'est-à-dire sans mouvement observable et sans déformations propres; une référence devenue nécessaire comme la minute de monsieur.

measuring-tape-2202258__340_ Maman ! C’est quoi le mouvement ? Nous n’en savons rien Clopî. Peut-être la simple déformation d’un milieu comme peut se déformer le tissu espace//temps « élastique » d'Albert Einstein (1915) ou la corde d'un violon en vibrations; une déformation orientée perceptible ou imperceptible, c'est selon, et à l’empreinte plus ou moins durable et ferme.

LUCY d’Enfer. Le 27 Janvier 2016. Attention ! Nos références rejoignent bien trop souvent nos préférences.

Bibliographie.

David Blanco LASERNA. Le Monde, la Vie. Hors-série. Einstein et la relativité. Laboutiquelavie.fr.

Bernard DIU. Traité de Physique à l’usage des Profanes. Edition Odile Jacob. Sciences.

Guy Louis GAVET. Comprendre Einstein. EYROLLES pratique.

Michel-Pierre LERNER et Denis SAVOIE. Astrophysiciens. Mensuel Ciel& espace. Janvier/Février 2016. N° 545. Cosmos. A propos de la traduction intégrale bilingue et critique du De Revolutionibus Orbium Coelestium de COPERNIC. 1580.

La Recherche. N° 508. Février 2016.Voyage au cœur du système Solaire.

Richard BROWN. 3 Minutes pour Comprendre. Les 50 plus grandes théories mathématiques.

Le petit ROBERT des Noms propres et sales. Dictionnaire illustré.

Edgar Gunzig et Simon Diner. Le vide. Univers du tout et du rien. Revue de l’Université de Bruxelles. Edition Complexe.

 

Galilée perdit totalement la vue en 1637 et finit sa vie en 1642 en résidence surveillée à Arcetri, près de la ville de Florence. Il publia néanmoins en 1638 avant de s’éteindre doucement l’ouvrage « Discours et démonstrations mathématiques concernant deux nouvelles sciences »; une synthèse de son œuvre scientifique magistrale. _ Oh ! Une seule nouvelle science nous aurait suffit !